Bertrand Lestrade :«Unmix c’est le roi mais aussi le loup blanc !»

Bertrand Lestrade et Unmix. Retour aux balances après leur victoire dans le prix Murat. (photo : Scoopdyga).

Le jockey lauréat du Grand Steeple-Chase de Paris 2013 sera cette année associé à Unmix. Un participant au profil atypique « vu comme un loup blanc ». Bertrand Lestrade évoque sa candidature sans langue de bois et revient aussi sur sa victoire 2013.

Racontez-nous comment s’est passée votre première association avec Unmix le 10 novembre 2013 ?

Mon agent de l’époque et ami Christophe avait repéré ce cheval lors de sa plaisante victoire à Landivisiau, en septembre 2013. Il m’avait alors conseillé de le monter par la suite mais je n’étais pas disponible. Quand cela a été le cas j’ai appelé Michel Postic début novembre, après avoir longuement cherché son numéro de téléphone…

Comment a-t-il réagit ?

Il ne m’a pas cru ! Il répétait “mais ce n’est pas possible que vous vouliez monter mon cheval“ ! Il a raccroché puis m’a rappelé dix minutes plus tard. Il avait discuté avec sa femme entre temps et s’est excusé d’avoir refusé ma monte. Il ne savait ce qui lui avait pris m’as-t-il dit !

Qu’avez-vous pensé d’Unmix lorsque vous l’avez monté la première fois ?

Que mon ami Christophe avait vu juste ! C’était un drôle de cheval. Nous gagnons de 20 longueurs à Auteuil, puis nous sommes deuxième d’un quinté quinze jours plus tard.

Quand avez-vous commencé à croire en lui ?

Ce cheval a toujours fait rêver son entraîneur ! Il a toujours dit qu’il avait un cheval de Grand Steeple. Mais peut-être plus pour 2015 ou 2016 car Unmix a 6 ans, mais il a très peu couru pour son âge.

C’est pour cette raison qu’après sa victoire dans le prix Murat (groupe II) vous avez réfuté l’idée d’aller vers le Grand Steeple-chase le 18 mai ?

J’ai voulu freiner tout le monde. Je ne voulais pas que son entraîneur se laisse influencer sur la suite de son programme par les médias ou autres. Il fallait que Michel Postic ait les idées claires pour juger en toute objectivité les travaux et le potentiel de son cheval.

Quand avez-vous pris la décision de le courir ce dimanche ?

J’ai appelé son entraîneur une semaine avant les engagements qui avaient lieu vendredi 7 mai. Je lui ai conseillé d’oublier le prix des Drags et de l’engager dans le Grand Steeple-Chase. Quand les chevaux sont en forme, il faut en profiter. Michel Postic a réalisé un super boulot, le cheval arrive prêt.

Êtes-vous allé le travailler à Dragey où il est entraîné ?

Je ne l’ai jamais monté le matin et c’est mieux ainsi. Je ne veux pas le perturber avant un objectif aussi important. En ne le connaissant pas le matin, cela me permet de le monter sans a priori l’après-midi. Je fais confiance à son cavalier du matin et à son entraîneur qui me disent qu’Unmix est prêt.

Il va découvrir les 6000 mètres du parcours et vu son rythme allant, pensez-vous employer la même tactique de course ?

Unmix c’est le roi ! Il n’est détendu que lorsqu’il est monté à sa main, devant. Cela a l’avantage d’éviter les ennuis de parcours. Nous n’allons pas inventer une nouvelle tactique pour le perturber le jour J. J’avoue que j’ai vu le forfait de Mail de Bièvre (connu pour aller aussi devant, NDLR) d’un bon œil.

Honnêtement, Unmix est-il capable d’aller au bout avec cette tactique ?

Ce cheval nous laisse perpétuellement dans le doute. Il a toujours relevé ses défis jusqu’à maintenant. Après le prix Murat j’ai dû tirer sur mes rênes pour l’arrêter une fois le poteau franchi en tête… La question vaut pour tous les participants qui vont découvrir cette distance. Si Unmix était entraîné par un professionnel connu, il serait favori. Là, il est vu comme le loup blanc. Si l’on gagne, nous serons adulés. Si l’on échoue, les gens diront “c’est normal”…

Quelle comparaison pourriez-vous trouver entre Bel la vie et Unmix ?

Avec Bel la vie, personne n’aurait compris la défaite. En m’élançant dans le Grand Steeple, tout le monde savait qu’il était un cheval hors du commun. Avec Unmix c’est plus flou, car nous ne connaissons pas ses limites… D’un côté, j’avais un cheval qui était le meilleur de sa génération à 3 et 4 ans, besogneux. De l’autre, j’ai Unmix, un rouleau compresseur, très allant.

Quel souvenir gardez-vous de votre victoire l’an dernier ?

Bel La Vie reste mon cheval de cœur qui a été très important dans ma carrière. Je n’avais pas imaginé la défaite avec lui. J’ai désormais un nouveau challenge mais je l’aborde avec la même ambition.

Bel La Vie est sur la touche mais si vous aviez dû choisir entre ces deux chevaux, vers lequel des deux votre choix se serait-il orienté ?

La question ne se serait pas posée. Si Guillaume Macaire avait continué de m’y associer je n’aurais pas été disponible pour Unmix. Et dans tous les cas, je ne l’aurais pas lâché pour un autre, après tout ce qu’il m’a permis de vivre.

Propos recueillis par Marion Dubois

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