Charley Lauffer, une propriétaire pas comme les autres

Mojo RIsin

Plutôt discrète et solitaire, Charley Lauffer n’a de cesse de se faire remarquer depuis qu’elle a croisé la route de la pouliche Mojo Risin. À 25 ans, elle est co-propriétaire de celle qui sera au départ ce samedi d’un groupe III, mais aussi de Chopsoave qui s’aligne dans le quinté du jour.

Du flair, du courage et du travail, voilà comment Charley Lauffer en est arrivée là. À 25 ans, la jeune femme connaît déjà les joies d’être propriétaire d’un cheval de niveau groupe. Mojo Risin faisait partie des favorites du dernier prix de Diane. Elle revient cette fois dans ce prix de Psyché. « A chaud sa 12ème place dans le prix de Diane m’a déçue, mais avec du recul, elle n’est qu’à 5 longueurs du gagnant et elle a été malheureuse pendant le parcours en manquant de train. De plus, elle découvrait la foule du prix de Diane, ça la changeait des trois “pelos“ dans les tribunes de Toulouse ! Elle était donc plus tendue que d’habitude ». Mais depuis Mojo Risin a eu le temps de s’habituer et se présente à Deauville sereinement. « J’ai hâte de la revoir car d’après Jean-Claude (Rouget, NDLR) elle est beaucoup mieux qu’avant le Diane, elle s’est métamorphosée et il ne l’a jamais eue comme ça… », révèle la co-propriétaire.

 Un parcours loin d’être tracé d’avance

Charley Lauffer n’était pas destinée aux courses hippiques, loin de là. D’origine anglaise par son père, elle grandit dans le Tarn, à Durfort où ses parents sont exploitants agricoles. « J’ai toujours monté à cheval. J’ai d’abord pratiqué le CSO et l’endurance, puis j’ai découvert les courses par l’intermédiaire d’un voisin, Philippe Vidotto », se rappelle Charley. Elle monte à l’entraînement avant d’aller au lycée, puis au moment de continuer les études supérieures, elle opte pour une fac de droit à Toulouse. « Au bout de 2 ans, j‘ai voulu faire une pause. Je me suis dit que pendant un an, j’allais monter à cheval ». Elle part donc six mois en Angleterre chez un entraîneur, pour parfaire son équitation de course. Charley Lauffer avait déjà effectué quelques stages chez Christian Delcher-Sanchez ou Jean-Claude Rouget. Lorsqu’elle revient en France elle décide de s’installer comme permis d’entraîner sur l’exploitation agricole de son père. « Cela m’a permis de prendre mes couleurs à moindre coût et de commencer à acheter des chevaux pas chers. Mon premier vrai cheval, je l’ai acheté en Irlande. »

La difficulté de s’intégrer dans le milieu

 La question de savoir comment une jeune femme de 25 ans arrive à acheter, entretenir et entraîner des chevaux, seule, se pose. « Cela ne me revient pas très cher car grâce à mon père, il me fournit en foin, paille et avoine. Et moi je donne mon temps. Je m’en sors sans avoir un train de vie dément », confie-t-elle. N’étant pas issue du milieu, elle avoue que parfois « c’est un peu dur, il y a des gens jaloux, certains se réjouissent quand d’autres échouent. Je trouve ça vraiment dommage. Selon moi, il y  a de l’argent pour tout le monde. Maintenant que j’ai un peu de réussite je sens que parfois ça dérange car je ne suis dans le métier que depuis 3 ans alors que d’autres cherchent des chevaux du niveau de Mojo Risin depuis 15 ans », confie-t-elle. Elle ajoute : « Mais cette expérience avec Mojo m’a aussi permis de rencontrer de nouvelles personnes et de m’ouvrir à d’autres perspectives ».

Rares sont les permis d’entraîner à acheter des chevaux à l’étranger

Il a justement fallu traverser la Manche pour aller chercher cette pouliche lors des ventes Tattersall, à New-Market, fin 2013. L’Ariègeoise l’avait remarquée. « J’étais fan de Lope de Vega depuis sa victoire dans le Jockey-Club, mais du côté de la mère il fallait remonter à trois générations pour trouver du black-type. C’est sans doute pour cette raison qu’elle n’avait pas trouvé preneur pendant les ventes mais aussi à cause de son physique. C’était un petit modèle qui a bien grandi depuis, même si elle reste légère », explique Charley Lauffer. Deux jours après elle l’achète pour 6000 guinées soit environ 8 500 euros. Mojo Risin arrive trois semaines après en France où elle ira d’abord au débourrage, près de Chantilly. De juin à octobre 2014, elle reste dans le Tarn chez Charley Lauffer pour commencer ses premiers travaux de pouliche. Très rapidement la jeune femme se rend compte du potentiel de Mojo Risin et décide de la placer chez l’entraîneur Eric  Dell’Ova, à Toulouse afin de l’entraîner sur l’hippodrome. « Je me doutais qu’elle avait du gaz mais je ne pensais pas à ce point là », avoue la jeune femme. D’octobre à décembre, elle la prépare tranquillement en attendant avec impatience ses débuts à Pau le 30 décembre dernier. Mojo Risin s’impose de 15 longueurs et fait sensation, à tel point que son téléphone sonne dès le poteau passé. « J’étais perdue car de suite M.Fabre m’a appelée mais aussi Jean-Claude Rouget qui a décidé de venir la voir dès le lendemain matin à Toulouse. Une fois sur place, il a été un peu déçu par son modèle. Il la voulait pour des clients américains mais son physique n’allait par leur plaire ». C’est alors que Sylvain Vidal décide de se porter acquéreur avec Gérard Augustin-Normand. À une condition : Charley Lauffer doit garder une part.  « C’était ma pouliche à la base et je n’avais pas prévu de la partager. Puis, j’ai été raisonnable et j’ai choisi de n’en garder qu’un tiers. C’était la solution la plus sage car on ne peut pas savoir ce qui va se passer le lendemain », reconnaît-elle.

Un rêve éveillé

Naturellement Mojo Risin a quitté Toulouse pour les boxes de Jean-Claude Rouget. « Je ne pouvais pas l’amener plus haut ».  Dès lors, Jean-Claude Rouget lui trace un programme sur mesure jusqu’au prix de Diane, qu’elle réalise sans faute. L’entraîneur déclare même après sa victoire dans une Listed à Toulouse que Mojo Risin est sa meilleure pouliche actuellement. Depuis, Charley Lauffer vit un rêve éveillé. « Je ne réalise toujours pas que je suis propriétaire d’une pouliche de groupe. J’ai la tête dans les nuages. »

Même si la jeune femme ne se sent pas toujours légitime dans ce milieu qu’elle découvre encore,  « je suis sûre qu’il y en a plein qui me prennent pour un “pinpin“ mais je reste naturelle ». Charley Lauffer continue d’aller choisir ses chevaux en Irlande « toujours en me focalisant sur Lope de Vega ». Et la relève de Mojo Risin est déjà là. « J’ai acheté deux pouliches. Une a été vendue à Simone Brogi lors des ventes Arqana et l’autre n’a pas encore trouvé preneur… Mais je pense que je vais la garder pour moi. Il faut encore que je la nomme. ». Charley a déjà sa petite idée. Mojo RIsin est l’anagramme de Mr. Jim Morrison, l’artiste fétiche de la propriétaire, « je vais sans doute la nommer par un titre de l’album ». En espérant que la musique soit la même qu’avec Mojo Risin.

Marion Dubois

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