Isabelle Pacault, entre équilibre et confiance

isabelle pacault

Isabelle Pacault réalise un très bon début de saison avec déjà 11 victoires à son actif. Elle présente ce dimanche Winneyev au départ du prix Jean Stern (groupe II). L’une des rares femmes entraîneur en obstacle exerce depuis 22 ans et jongle avec perfection entre sa vie d’entraîneur, de mère, de grand-mère et d’éleveur ! Rencontre avec une équilibriste.

Lorsqu’Isabelle Pacault est fatiguée, elle n’hésite pas à claquer la porte de sa propre écurie, pour aller se ressourcer au haras de Mirande, ou auprès de ses petits enfants car elle fait confiance à son équipe. « C’était très important la confiance pour être sereine. Mon père m’a fait confiance ». Elle fait également confiance à son premier garçon, Luc, qui est à ses côtés depuis ses débuts à Maisons-Laffite, il y a 22 ans ou encore à Yannick Gadbled. Des hommes de l’ombre qui jouent un rôle important dans sa carrière.

Aujourd’hui à la tête du haras familial que lui a transmis son père  et d’une écurie de 30 chevaux, Isabelle Pacault a trouvé un équilibre. « Je ne souhaite pas grossir mon effectif, je ne veux jamais aller au-delà car cela me permet de bien connaître mes chevaux », confie Isabelle Pacault. Des chevaux qu’elle connaît par cœur après avoir élevé « les mères et les grands-mères ! ». Cela lui permet d’avoir peu de clients et « c’est un gros avantage car je n’ai pas de pression, même si c’est plutôt moi qui me la mets car j’ai une obligation de résultats… », avoue l’entraîneur.

Si l’écurie Isabelle Pacault rencontre un franc succès en ce début de saison, notamment avec des chevaux comme Winneyev, Ysawa, Polipa ou Toutancarmont, Isabelle Pacault a ses explications. « J’aime Pau, mes chevaux se sont bien comportés cet hiver, certains ont trouvé leur terrain, d’autres leurs conditions de courses. J’avoue que j’adore cet hippodrome, je me sens bien en meeting ». En 22 ans d’exercice, la Versaillaise d’origine a pourtant connu des années creuses comme en 1996 où elle ne fera que 4 gagnants pendant la saison. « J’avais été opérée du dos, j’ai passé beaucoup de temps allongée. Or, j’ai besoin de les ressentir mes chevaux », explique Isabelle Pacault, 63 ans. Très émotive et observatrice, l’entraîneur aime sonder les chevaux et les hommes qui les accompagnent pour former des couples performants dans l’effort. « Je pense que récemment j’ai trouvé en Thomas Beaurain quelqu’un qui comprend la façon dont je travaille, c’est le cas aussi avec Marc-Lamazou-Laresse que l’on retrouve sans ses douleurs, ou Jonathan Plouganou pour lequel j’apprécie son côté cavalier ». Ces jockeys peuvent aussi expliquer en partie la bonne dynamique de l’écurie Pacault.

Une écurie Pacault qui compte désormais dans ses rangs un nouvel entraîneur : Anne-Sophie, la fille cadette de l’entraîneur. Même si pour l’heure elle souhaite évoluer indépendamment, c’est une fierté pour la mère d’avoir transmis sa passion. « J’ai eu la chance qu’elle accroche dès toute petite, je ne veux pas lui mettre la pression. Je sais que lorsqu’elle fait quelque chose, elle le fait bien. Elle doit faire son chemin… ». Pourtant Isabelle Pacault a tout fait pour compartimenter sa vie. Elle a d’abord tenu à vivre son expérience professionnelle loin des courses en tant que psycho-motricienne auprès d’enfants handicapés. « Puis j’ai tenu à me consacrer pleinement à ma vie de famille. J’ai alors décidé d’arrêter de travailler pour élever mes enfants et voyager », explique-t-elle. Cela ne l’empêchera pas de continuer à monter à cheval. Son père, Jean-Claude Evain passionné par les chevaux achète à l’époque, le haras de Mirande à Sartilly. Il y élève ses chevaux et crée également un centre où enfants handicapés et chevaux se rencontrent. Pour la partie entraînement des chevaux de courses, Jean-Claude Evain confie la responsabilité à un certain Guy Cherel. Isabelle montait en concours mais aussi à l’entraînement. « J’ai toujours aimé le cheval de courses, je trouve que c’est un animal phénoménal avec lequel on allie vitesse, dressage et compétition et surtout grâce à lui on peut en vivre… ». C’est justement parce qu’il fallait en vivre, qu’Isabelle Pacault est devenue entraîneur à 40 ans. « Au début je ne voulais pas m’installer, mais il a bien fallu que je travaille pour gagner ma croûte, se rappelle-t-elle, mon père me disait allez débrouille-toi ! J’avoue que si je n’avais pas été dans l’obligation, je ne l’aurais pas fait… ». Plus de 20 ans plus tard, elle fait tout elle-même, de l’élevage à l’entraînement, en trouvant le temps de s’occuper de ses petites-filles. « Je veux tout faire, alors pour ça je m’organise. En juillet et août, je n’ai pas beaucoup de partants car je suis en off puis je reprends tranquillement pour attaquer Pau et Auteuil au printemps… ». Un équilibre où personne n’est délaissé. « C’est chacun son tour ! ».

Ses journées commencent tôt le matin, et terminent tard le soir. « Mais j’ai surtout la chance de partager ma vie avec Guy (Cherel, NDLR) qui partage la même passion que moi et connaît ses contraintes ». C’est aussi un sacré allié lors des moments de blues ou de doute de la femme entraîneur. « Il me remonte le moral et me dit que ça ira mieux demain et c’est vrai, cela finit par toujours aller mieux ! Parfois il me dit que je suis gardienne de musée avec tous mes chevaux. Mais je n’arrive pas à les vendre, je n’aime pas faire du commerce. Certes, il faut parfois arrêter les enfantillages mais c’est comme ça !». Ce qui plaît par-dessus tout à Isabelle Pacault, c’est que « dans les courses il n’y a pas de malins, le cheval ramène toujours les pieds sur terre, il n’y a pas de plus fort… ».

Isabelle Pacault n’a pas la vie de madame tout le monde. Débuter sa carrière d’entraîneur à 40 ans, n’est pas chose commune. « J’ai toujours fait ce que je voulais quand je le voulais, cela n’a pas été sans nuages mais à chaque âge, j’ai trouvé mes plaisirs ». Le fait que ses filles soient devenues aussi passionnées par les chevaux avec Magali, osthéopathe et Anne-Sophie multiple championne de France des cavalières, et aujourd’hui entraîneur, a permis de partager sa passion et de confirmer son choix de vie. « Cela a facilité la continuité de mon rêve », reconnaît l’entraîneur. Cela a aussi permis la continuité d’une passion transmise de génération en génération. Décédé il y a 12 ans, Jean-Claude Evain, à l’origine du succès des Mirande, a laissé un grand vide derrière lui. Fille et petite-fille doivent aujourd’hui avoir à cœur de lui montrer qu’il pouvait avoir confiance en elle(s). Juste une histoire de confiance.

Marion Dubois

 

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