Jean-Bernard Roth, l’ombre de Jean-Claude Rouget

 

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Depuis 1994, Jean-Bernard Roth occupe un poste clé chez Jean-Claude Rouget. Discret, il met sa polyvalence au service de l’écurie Rouget aussi bien avec les chevaux que le personnel. 2016 représente un aboutissement personnel pour lui.

En ce mercredi matin d’une semaine bien agitée, où l’écurie a dû faire face à la défection de La Cressonnière dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, Jean-Bernard Roth résume la situation : « Notre métier est chargé d’émotions, aussi fortes que variées, c’est ce qui en fait sa beauté ». Arrivé l’hiver 1980 à Pau, ce Landais d’origine n’a jamais quitté l’écurie Rouget. « Lorsque j’ai arrêté ma piètre carrière de jockey, Jean-Claude Rouget m’a dit “tu auras une autre carte à jouer“ il ne s’était pas trompé », annonce Jean-Bernard Roth. 36 ans plus tard, son bureau est dans la même pièce que celui de M. Rouget et gère en son absence le fonctionnement de l’entreprise. « Mon rôle peut être comparé à celui d’un directeur d’une entreprise, aussi particulière qu’une écurie de course, où il faut gérer le bien-être du cheval mais aussi de ceux qui travaillent autour, et en étant capable de mesurer leur condition physique et leur potentiel », résume-t-il.

Un travail d’équipe

Du suivi des chevaux à la piste, de la gestion des fournisseurs à l’écoute du personnel, Jean-Bernard Roth est partout. Mais avec beaucoup d’humilité. « C’est un travail d’équipe où tout le monde a confiance. Je félicite Jean-Claude pour cela, car il a réussi à créer un esprit d’équipe avec des liens très forts. Je pense à Jean-René Dubosc sur qui je peux compter qui est un collègue et ami de tous les jours. Nous partageons le quotidien en toute sérénité. » Cette confiance et cette reconnaissance pour les salariés est la clé du succès de l’écurie Rouget, selon lui. « Si nous avons atteint ce niveau de compétition et cette envergure internationale, c’est grâce aux liens qui ont pu se créer sous l’impulsion de Jean-Claude. Aussi bien pour le personnel que pour nos propriétaires. Nos clients ne sont jamais en concurrence, et n’hésitent pas à se congratuler après leurs succès ».

Rester plutôt que s’installer

Lorsque Jean-Bernard Roth a rejoint l’effectif de Jean-Claude Rouget à Pau, c’est d’abord en qualité de jockey et de cavalier d’entraînement. « J’ai eu le courage de m’essayer à l’obstacle mais très vite, après avoir connu les joies de quelques victoires, j’ai eu l’appréhension de me blesser ». Le Landais a toujours aspiré à avoir des responsabilités au sein d’une écurie, mais il n’aurait jamais pensé prétendre au rôle qu’il endosse aujourd’hui. Depuis 22 ans, il est le bras droit de Jean-Claude Rouget. Certes, des Simone Brogi, Charles Gourdain, François Rohaut et bien d’autres sont passés comme assistant-stagiaire, mais Jean-Bernard Roth, lui, est toujours resté. « J’ai bien pensé à m’installer à certains moments de ma vie, j’en aurais été très certainement capable, mais j’avais sans doute déjà trop attendu… Preuve que je devais bien me sentir à ma place. Je n’ai pas eu le courage de sauter le pas, car il m’aurait fallu quitter le faste auquel j’avais déjà goûté et surtout mon engagement émotionnel pour cette écurie », confie-t-il.

Le tournant en 1994

L’année de l’engagement de Jean-Bernard Roth pour l’écurie Rouget représente aussi celle où elle a changé de dimension. L’écurie provinciale a montré ses prétentions classiques. Aussi, lorsque Milkom remporte le Grand Prix de Paris (groupe I) cette année-là, Jean-Bernard Roth en garde un souvenir ému intact. « Il était monté par Jean-René et c’était le premier cheval à gagner un classique. C’est une histoire d’amis d’enfance », raconte celui qui se définit comme très émotif et sensible. Si depuis toutes ces années, il reste dans l’ombre de l’entraîneur qui a 10 ans de plus que lui, c’est sans complexe. « Vivre dans l’ombre me convient. Je suis très à l’aise avec ça, car je n’ai pas besoin d’être sur le devant de la scène. Les gens savent mon rôle, plutôt nôtre rôle, car c’est d’une équipe dont il s’agit ».

Entre passion et pression

Son équilibre, le manager le trouve auprès de sa famille. De temps en temps, le samedi matin, femme et enfants montent un lot avec lui. « Cela vaut tous les groupes », plaisante-t-il. « C’est la base de mon équilibre de partager ma passion avec eux ». Le père de famille n’hésite pas à comparer l’écurie Rouget comme sa 2è maison, là où la passion est reine. La pression l’est aussi, parfois. « C’est certain que j’ai un rôle stressant et dur car je dois rendre des comptes et faire le lien entre tout le monde. Et dans des périodes comme celle-ci, c’est toujours délicat. Mais la passion est débordante et cela fait partie des aléas du métier ». Chaque matin, il sait qu’il doit composer avec ce genre d’imprévu. « Ce qui s’est passé avec La Cressonnière, je sais que je peux l’apprendre tous les matins ou tous les soirs car nous connaissons la fragilité des chevaux. Tout peut basculer d’un instant à l’autre. Je vis avec une épée de Damoclès au dessus de la tête, mais encore une fois, cela fait partie du métier ».

Une année forte en émotions

C’est à bord de montagnes russes que l’équipe Rouget vit 2016 et plus particulièrement Jean-Bernard Roth qui parle d’aboutissement. « Cette année restera gravée dans ma vie comme exceptionnelle. Cet été à Deauville, j’ai été particulièrement affecté dans les victoires. J’étais ému par ce partage des succès grâce à une équipe suffisamment forte pour en arriver là. » Ce week-end de l’Arc, l’écurie Rouget devait poser sur le gâteau cette cerise nommée La Cressonnière. « Après l’incident on ne peut que se mettre à genou devant elle et l’aider à traverser cette période difficile car on lui doit beaucoup ». Dans l’ombre, Jean-Bernard Roth sera à son écoute et déjà prêt pour de futures émotions.

Marion Dubois

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