Jean-Pierre Totain : « À mon âge, je n’ai plus envie de sortir les violons ! »

Jean -Pierre Totain

Depuis 4 ans, Jean-Pierre Totain préparait la fin de son écurie de course. Même s’il gardera entre 5 et 6 chevaux à son nom, il n’entraînera plus pour d’autres propriétaires. La fin d’un chapitre mais le début d’un autre qui s’annonce tout aussi rempli.

« Cela faisait quatre ans que j’y pensais mais deux ans que je m’y préparais », annonce l’entraîneur Jean-Pierre Totain. Installé à Pau depuis 1987, il a décidé de stopper son activité d’entraîneur public. « La clientèle s’étiolait doucement, à mon âge je n’ai plus envie de sortir les violons ! Côté salariés, ceux qui sont partis je n’ai pas cherché à les remplacer », explique sans détour le professionnel. À 57 ans, Jean-Pierre Totain se retire du métier la tête haute: « je n’ai aucune dette vis-à-vis de mes fournisseurs ». Celui qui s’était toujours dit qu’il arrêterait le métier à 50 ans, reconnaît que c’est un métier « usant physiquement et mentalement ». « Il faut avoir la foi », concède-t-il.

Débrouillard

Avec plus de 1000 courses remportées aussi bien en France qu’à l’étranger, avec des purs sangs anglais ou arabe, aussi bien en haie qu’en plat, Jean-Pierre Totain est satisfait de son parcours. « Je n’aurais jamais pensé faire cette carrière au début… ». Pourtant il voulait être vétérinaire. « Mais l’orphelinat où j’étais m’a imposé de suivre un apprentissage, c’est comme ça que je suis devenu cavalier d’entraînement ». Les débuts sont durs et très vite, le Béarnais s’est dit « je ne ferai pas lad toute ma vie ». Déjà débrouillard, Jean-Pierre Totain observe, pose des questions sur tout, et décide de se lancer comme entraîneur. « J’avais 26 ans. Rien à perdre et tout à gagner. Je n’avais pas un franc et louait des boxes dans un centre équestre ». Il débute avec deux chevaux réformés. « L’un fou et l’autre au potentiel limité ». Premier partant, première victoire. « C’était à Pau, sur l’hippodrome où j’ai eu le plus de réussite. J’étais le spécialiste du meeting ». Pour preuve, “Totain“ a souvent terminé en tête des entraîneurs à la fin du meeting.

Le flair de l’Orient

Le tournant dans sa carrière professionnelle s’opère au Moyen-Orient. « J’étais l’ un des premiers à aller dans les pays du Golfe, à Abu Dhabi notamment ». Jean-Pierre Totain a flairé l’opportunité d’exploiter les qualités des chevaux arabes. « Je les entraînais comme les purs sangs anglais. « Au début il y a avait un mépris des professionnels. C’était comme si j’entraînais des shetlands pour eux, mais moi je m’en fichais ! », raconte l’entraîneur. Les chevaux arabes ont permis à Jean-Pierre Totain de courir et gagner dans le monde entier : « en Turquie, en Belgique, à Abu Dhabi… ». Autant de voyages, sources de rencontres. En France, il retient sa victoire dans le Prix du Président de la République, et dans le Grand Prix de Pau en 2004 avec Neriette. L’homme n’a pas de regrets, excepté une frustration. « Le Grand Prix de Pau en 2006, toujours avec Neriette mais nous avons été distancés. J’ai failli arrêter le métier, cela m’a mis un coup », confie-t-il.

Touche-à-tout

Mais Jean-Pierre Totain a su rebondir. Aujourd’hui, celui qui se définit comme passionné des chevaux avant tout, va s’occuper de son haras près de Pau, sur une magnifique propriété où tout est pensé et agencé avec beaucoup de modernité. Plus d’une centaine de chevaux aux races variées – du Frisson aux chevaux arabes en passant par ceux destinés à l’endurance (sa femme fait partie des meilleures cavalières mondiales dans la discipline) – côtoient cygnes, autruches et vaches Galloway… « J’ai beaucoup à faire ici, c’est immense », concède l’ex-entraîneur aussi passionné d’art. Parti de rien, il s’est ouvert à tout. « Et ce n’est pas fini », assure-t-il.

Marion Dubois

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