Laura Poggionovo : « Je n’ai jamais douté de mon choix

 

laura poggionovo

La jeune jockey de 20 ans a remporté sa première victoire à Auteuil, dimanche dernier, avec sa fidèle partenaire : Bijoux Plage. Laura Poggionovo possède un caractère bien trempé et compte bien imposer sa féminité dans ce monde hippique si masculin.

Qu’avez-vous ressenti dimanche dernier ?

C’est inexplicable ! J’ai vécu mon rêve de gosse. Je suis fière d’être arrivée là car mes débuts en obstacles ont été difficiles. Je reste une fille et ce n’est pas tous les jours facile. Il faut se battre. Quand on a le caractère, on peut y arriver.

Est-ce le milieu des courses qui a forgé votre caractère ?

C’est surtout mon éducation. Mes parents m’ont toujours appris à me débrouiller seule, et à ne pas me laisser faire. J’avais déjà mon caractère en arrivant dans ce milieu. Je suis impulsive notamment, mais j’ai appris à me gérer.

Comment avez-vous découvert le milieu des courses ?

Mes parents ne sont pas du milieu, mais j’ai toujours été passionnée par les chevaux. J’ai commencé dans un club hippique près de Toulon, d’où je suis originaire. Je pratiquais le CSO et, très vite, on m’a surnommé la « jockette » car je bombardais et j’étais petite !

C’est de cette manière que vous vous êtes orientée vers le métier de jockey ?

Oui, à force d’entendre tout le monde me surnommer la « jockette », je m’y suis intéressée, et ça m’a plu. À 13 ans et demi, je suis entrée sur dérogation, à l’AFASEC à Marseille, avec Jean-Marc Capitte pour maître d’apprentissage. J’y suis restée 5 ans.

Que retenez-vous de vos années d’apprentissage ?

Mon patron est un très bon formateur aussi bien à cheval qu’à côté. Même si j’étais dans une écurie de plat, j’ai toujours voulu monter en obstacle. J’ai tout de même terminé mon apprentissage en plat, avec une victoire à Marseille, même si j’avais la sensation de tourner en rond, en plat !

Vous êtes au service de Yannick Fouin depuis plus d’un an. Comment êtes-vous entrée au sein de son écurie ?

En tombant sur un vieil épisode d’ “Un jour avec“, sur Equidia. Sa façon de voir les choses et sa franchise m’ont plu, j’ai décidé de l’appeler pour lui demander de venir travailler chez lui. Je lui ai directement confié que je souhaitais monter en obstacle. Après s’être renseigné auprès de mon maître d’apprentissage, il m’a rappelée pour me dire qu’il m’attendait.

Comment se sont passés vos débuts sur les obstacles ?

J’avais du mal mais j’ai progressé assez vite. Je n’ai jamais douté de mon choix. J’ai débuté à Nantes, avec une jument que j’avais l’habitude de monter à l’entraînement. J’ai ressenti une bonne montée d’adrénaline avant le départ, puis j’étais voyageuse tout le parcours !

Vous vivez une belle histoire avec Bijoux Plage, n’est-ce pas ?

Oui, elle m’a permis de remporter ma première victoire en obstacle mais aussi ma première à Auteuil. Je ne la monte jamais le matin. L’après-midi, elle n’est pas toujours facile mais on a trouvé un terrain d’entente. C’est une jument très généreuse.

Quels sont vos prochains objectifs de carrière ?

Contrairement aux jockeys masculins, je ne vise pas une course en particulier mais ce que je veux, c’est durer. Je souhaite monter davantage pour progresser. D’après une récente discussion, mon patron connaît mes attentes et sait que je bouillonne d’impatience. Pour les filles c’est plus compliqué, on n’a pas le temps d’être patientes. Les garçons ont la confiance des entraîneurs, alors que beaucoup de filles mériteraient de percer, mais elles patientent dans leur ombre.

Qu’est-ce qui pourrait vous faire douter sur votre carrière professionnelle ?

Que ma conversation avec mon patron n’aboutisse pas et que l’on ne me sollicite pas pour monter. J’ai choisi d’aller chez Yannick Fouin, plutôt que chez Jean-Paul Gallorini, car ce dernier fait déjà confiance aux femmes, c’était trop facile ! Je voulais devoir “gratter“ pour monter en course. La victoire est d’autant plus belle quand elle est difficile.

Pour conclure, qu’est-ce que les parieurs doivent savoir sur vous ?

Quand je monte Bijoux Plage, il ne faut pas m’abandonner même si je suis à grosse cote !

Marion Dubois

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