Maryline Eon : 1ère femme au classement des jockeys

 

maryline eon

(Crédit photo Jean-Pierre Rivière)

Dans le classement des jockeys en France, seules cinq femmes font partie du Top 100. La première d’entres elles, Maryline Eon, pointe à la 49è place, avec 21 victoires cette saison. Avec ce premier quinté réservé aux femmes, c’est l’occasion de lui demander ce qu’elle pense de la place des femmes dans les pelotons.

Vous êtes actuellement première au classement général des femmes-jockeys en France. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

J’essaie de viser la cravache d’or nationale. Tant que ce n’est pas fait, je ne m’enflamme pas !

Que pensez-vous de la création de ce quinté réservé aux femmes-jockeys ?

Je trouve que c’est une très bonne chose pour les femmes. Il va y avoir beaucoup de partants, cela va permettre à de nombreuses femmes de monter ce type d’épreuve. Certaines n’ont jamais eu la chance de monter quinté. Moi je l’ai eue, une fois. Mais en général, les entraîneurs font appel aux jockeys masculins. Je suis très contente de monter cette course mais je le serais encore plus, si c’était un quinté contre les hommes.

Après 5 ans d’expérience comme jockey, devez-vous toujours faire votre place, face à vos collègues masculins ?

À chaque fois, nous devons montrer que nous avons notre place. Les hommes cherchent vite à prendre le dessus. Parfois, ils se permettent de me faire des remarques qu’ils ne feraient pas de la même manière à un homme. En province, ils me connaissent tous car je monte tout le temps avec eux. En revanche à Paris, il faut davantage défendre ses chances.

Quelles sont vos armes pour vous affirmer comme professionnelle ?

Monter de beaux parcours pour m’éviter des remarques du style « c’est une gonzesse, elle ne tient pas ses rênes ». Mais mon agent, Patrick Andorin, travaille très bien pour moi. Il me trouve des bonnes chances. Quand je me déplace, j’ai des résultats.

À force de travailler dans un univers masculin, a-t-on envie de leur ressembler ?

On essaie, mais on ne peut pas ! Faire le “bonhomme“ à cheval ne marche pas. J’adore prendre soin de moi, je suis féminine à fond quand j’arrive aux courses. En revanche, quand je suis habillée en jockey, je fais comme les mecs. Je me rends compte que je prends des tics masculins dans ma façon de parler ou de me comporter.

Pouvez-vous nous en dire plus ?

Par exemple, dans les vestiaires des filles, il n’y a jamais de télévision pour visionner les courses, ni de valet. Donc moi, je fais comme les mecs, je vais dans leur vestiaire analyser mes courses ou utiliser le valet pour mon matériel. Je suis dans mon boulot, concentrée. Je ne me préoccupe pas d’eux. Je reste dans ma bulle.

Vous sentez-vous l’égale d’un homme ?

Non. Forcément, il y a des choses qui jouent en notre avantage comme être plus fine dans un parcours, ou être moins agressive dans la bouche d’un cheval, mais on n’aura jamais la force d’un homme.

Comprenez-vous que les parieurs soient méfiants vis-à-vis des femmes jockeys ?

Oui, je les comprends, mais je trouve ça injuste. Car comme certains hommes, des femmes-jockeys ne sont pas faites pour ce métier, mais il ne faut pas généraliser. Certains chevaux ne sont pas les mêmes quand ils sont montés par des femmes. Ça m’est arrivé de gagner à 60 balles, parce que le cheval s’est dit « tiens, elle est un peu embarquée celle-là, j’ai envie d’aller de l’avant aujourd’hui » !

Comment voyez-vous la suite de votre carrière pour réussir à allier vie personnelle et professionnelle ?

Tant que je continue de monter, je ne me pose pas la question. En revanche, le jour où il n’y aura plus grand monde à me faire monter, je préfère arrêter que d’être oubliée. Après, j’aimerais être esthéticienne. Je ne suis pas inquiète pour la suite, le travail ne me fait pas peur.

Marion Dubois

Son palmarès :

3 cravaches d’or de l’Ouest : en obstacle en 2013, en plat et obstacle en 2014, et en plat en 2015.

En tête pour la cravache d’or nationale avec 21 succès cette année.

72 victoires en plat

21 victoires en obstacle

Ces femmes qui ont marqué l’histoire des courses hippiques

1961 : 1ère course officielle PMU réservée aux femmes amateurs à Cagnes-sur-Mer

1975 : Myriam Bollack devient la première femme entraîneur au galop

1975 : Isabelle Le Maresquier est la 1ère femme à gagner face aux jockeys

1977 : 1ère course de trot réservée aux cavalières non-officielle, à Cagnes-sur-Mer

1979 : Christiane Head-Maarek devient la 1ère femme à remporter le prix de l’Arc de Triomphe

1980 : Marie-Annick Dreux est la 1ère apprentie à gagner à Vincennes

1983 : Micheline Leurson devient la 1ère femme à la fonction d’handicapeur

1984 : Darie Boutboul est la 1ère femme à remporter un tiercé (mixte)

1988 : Béatrice Marie est la 1ère femme à gagner à Auteuil

1995 : La Suédoise Helen Johansson devient la 1ère femme à remporter le Prix d’Amérique

1998 : Micheline Leurson occupe le premier poste de commissaire à France Galop

2003 : L’américaine Julie Krone devient la 1ère femme à remporter une Breeders Cup

2004 : Nathalie Henry est la première femme à remporter un groupe I au monté à Vincennes

2006 : Création du circuit réservée aux femmes jockey par France Galop

2015 : Amélie Foulon est la première femme à remporter un groupe en plat en France

2016 : Premier quinté en plat réservé aux femmes

 

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