Nicolas Caullery : « La vie est une fête ! »

nicolas caullery

 

L’entraîneur de 36 ans a réalisé une prouesse dimanche dernier, lors de l’ultime quinté du meeting de Deauville, en plaçant 4 de ses 5 partants dans les cinq premiers. Braquons les projecteurs sur un jeune entraîneur qui maîtrise son art sur les bouts des doigts.

Il avait annoncé le Tiercé dans l’ordre ! A l’évocation de sa performance dimanche dernier en remportant le quinté avec Mister Smart, puis en se classant 2è avec Special Request, 3ème avec Admire Jufi  et Stranger in Paris 5ème, l’entraîneur n’est pas surpris. « Ce sont des chevaux qui restaient sur de bonnes performances. Special Request venait de remporter une belle 3ème place, Mister Smart était rallongé et je m’attendais à une vraie performance de sa part, Zack Hope remettait son titre en jeu, Admire Fuji gagnait plaisamment récemment dans un petit handicap mais cela a suffi pour faire l’arrivée et Stranger in Paris n’a pas su gérer son numéro de corde mais il aurait dû batailler davantage pour la 1ère place. Tandis que pour Dark Dream c’était plus dur, il montait de catégorie.

Nicolas Caullery a fait des courses à handicap son terrain de jeux.  Et vous l’aurez compris, il est adroit. « Les handicapeurs pensent que je leur fais des coups de Trafalgar, mais ce n’est pas le cas. J’achète les chevaux à réclamer comme Mister Smart et en vue des Quinté, je l’ai fait progresser ». Véritable jeu du chat et de la souris entre handicapeurs, chargés d’attribuer un poids au cheval en fonction de sa valeur, et l’entraîneur. « Ma réussite ne fait pas toujours plaisir, mais je fais mon travail. Je comprends que les handicapeurs aient un jugement subjectif parfois, ils sont humains. Ils ont droit d’avoir leur perception. D’autant plus que le système est bien fait, car c’est normal qu’un cheval qui n’a pas gagné depuis 6 mois baisse de valeur pour réussir à se rentabiliser auprès de son entourage. Je ne profite pas du système, j’essaye seulement de tirer la quintessence de mes chevaux ».

 Un œil de lynx

Si le jeune entraîneur connaît une réussite de plus en plus affirmée (39 chevaux – 25 victoires cette année), il l’explique simplement. « J’arrive à vite connaître la valeur de mes chevaux. Je ne les surclasse pas par rapport à leurs capacités. Selon mon ressenti et le travail à l’entraînement, je détermine mes engagements. J’ai des objectifs précis pour mes chevaux et je sais comment les y emmener. Depuis le début de l’année, lors d’objectifs fixés je ne me suis trompé que deux fois. Une fois avec Cheeky Lady qui est 4ème et une autre fois avec Zack Hope, je suis 2ème. Sûrement doté d’une mémoire visuelle infaillible, Nicolas Caullery est capable de vous ressortir le déroulement de course de ses pensionnaires, tout en vous citant le papier des concurrents.

Après 4 ans d’installation, la méthode Caullery semble porter ses fruits au niveau quinté. Mais le professionnel n’envisage pas de se cantonner uniquement à ce type d’épreuve. « Quand mes propriétaires ont de bons chevaux capables de courir des quinté, je vous avoue que certains préfèrent courir ce genre d’épreuve plutôt que les Listed », avoue-t-il. Il poursuit : « Mes propriétaires sont pour la plupart des amis qui ont connu la création du quinté et le perçoivent comme quelque chose de mythique. Cela n’empêche qu’un cheval comme Moonlight Gambler peut passer à l’étape supérieure.  C’est un cheval polyvalent qui s’adapte aussi bien à la PSF qu’au gazon, ou aux parcours à main droite ou à main gauche. »

Des premiers pas au trot

L’entraîneur peut vous décortiquer les aptitudes de ses pensionnaires jusqu’au moindre détail. Son sens de l’observation, il l’a aiguisé derrière le comptoir du bar PMU de son père à Fourmies, dans le Nord. « Lors des nocturnes à Vincennes, j’étais trop content car mon père me laissait avec un sandwich à suivre les courses pendant qu’il travaillait. Puis le week-end, j’allais avec lui sur les hippodromes, avant d’y aller avec mes potes pour jouer ! En plus, ma maîtresse d’école était guichetière à La Capelle, elle me voyait tout le temps, je suis devenu le chouchou de la classe », se re-mémorre l’entraîneur. Le père, les frères et les sœurs sont tous, ou presque, passionnés par les courses hippiques. « Nous sommes 6 frères et sœurs sur 8 à s’intéresser aux courses ! ». Un ratio digne d’une arrivée de quinté à la Caullery. Ayant grandi dans le Nord, le Cht’i conjugue d’abord courses hippiques avec trotteurs. Ils arpentent tous les hippodromes du Nord, jusqu’au jour où on lui explique qu’il faut attendre 16 ans pour intégrer l’école des apprentis trotteurs. Il découvre alors que le Moulin à Vent, ouvre ses portes à partir de 14 ans. L’Afasec de Chantilly ne concerne que les galopeurs, mais cela tombe bien, la vitesse des galops a eu le temps de griser le jeune homme. Pourtant ce sera vite la désillusion. « Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus et en raison de mon poids et de ma taille, ce n’était pas possible d’être jockey ». Ses ambitions réfrénées, non sans une pointe de « frustration », Nicolas Caullery n’envisage pas de quitter le milieu pour autant, « mon inaptitude n’était pas liée à mes compétences mais à mon physique ». Il entre ainsi 3 ans en apprentissage chez David Smaga, où il enfilera tout de même deux fois les couleurs pour participer à des courses écoles.

Une expérience japonaise

Vers 20 ans, Nicolas Caullery a envie de voyager et s’envole pour le Japon. « J’adorais ce pays, alors je suis allé au culot voir Patrick Barbe (courtier, NDLR) et je lui ai expliqué que je voulais découvrir ce pays en travaillant là-bas ». Il découvre l’impressionnant haras de Katsumi Yoshida. « J’ai fait du pré-entraînement. J’y ai beaucoup appris mais c’était assez dur car j’étais jeune et le haras était assez isolé». De retour en France, il trouve une « bonne place » chez Patrice Châtelain. « Je devais aller aux USA mais l’occasion s’est présentée. Je suis resté 6 ans jusqu’à ce qu’il parte pour Marseille ». L’idée de s’installer entraîneur le taraude déjà, mais il n’a pas encore les épaules. Je suis arrivé chez Valérie Dissaux, comme assistant-entraîneur en lui précisant que je souhaitais préparer ma licence d’entraîneur. « J’ai attendu un peu car j’avais la sensation qu’il me manquait quelque chose, c’était un cap difficile pour moi de passer de l’autre côté. De monter d’un cran où l’on engage sa vie et son patrimoine. »

 Une symbiose parfaite entre famille et travail

C’est en 2011, que Nicolas Caullery passe le pas. « Une fois fait, cela a été facile ». 4 ans après son installation, le bilan est plus que positif. Il voit toujours « la vie comme une fête », et même si certains le préviennent « que je n’aurai pas toujours la forme », l’entraîneur est confiant. « Cela fait deux ans que les gens disent ça, la réussite dérange. » En attendant, il a réussi à trouver l’équilibre parfait entre vie de famille et vie professionnelle. Marié à Marine Henry, elle-même entraîneur, les époux partagent leurs compétences sous le regard de leur fils Charles. « Nous profitons de la vie, j’ai perdu ma mère il y a 8 ans et elle n’a pas suffisamment profité de la vie, comme nous n’avons pas assez profité d’elle. Chaque instant doit être savouré, aussi bien dans les défaites que dans les victoires. Avec mes propriétaires nous buvons un verre que nous soyons 8ème ou pour une victoire ! », explique l’entraîneur. Pétri d’ambitions, Nicolas Caullery souhaite néanmoins prendre les choses comme elles viennent. Et pour l’heure cela se passe plutôt bien. D’ailleurs, l’entraîneur compte de nouveau aligner ses quatre chevaux dans un quinté mi-octobre à Deauville. Et cette fois l’entraîneur-pronostiqueur Nicolas Caullery, annonce le quarté dans l’ordre, à vos tablettes !

 Marion Dubois

 

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