Rémi Passelande, le bras droit de Jean-Paul Gallorini

Les assistants des entraîneurs restent souvent dans l’ombre, pourtant à l’aube des grands rendez-vous, comme le Grand Steeple-Chase de Paris, ils ont un rôle essentiel dans la préparation des champions. Rémi Passelande est l’assistant de Jean-Paul Gallorini depuis 6 ans.

 « Ma journée va commencer tôt et finir tard », annonce Rémi Passelande, 38 ans. L’assistant de Jean-Paul Gallorini sait d’ores et déjà que la journée du 19 mai ne va pas être reposante. Elle est la plus attendue de l’année. Toute l’équipe du maître-entraîneur va enfin savoir, si le travail d’une année est récompensé sur la piste d’Auteuil. « Debout 5h30, pour aller nourrir les chevaux, puis ils vont faire un petit jogging le matin de la course », détaille Rémi Passelande. Il poursuit : « Nous allons arriver deux heures avant sur l’hippodrome afin qu’ils se détendent. Puis, une heure avant la course il va falloir préparer les chevaux, avant d’aller chercher les selles des jockeys et aider l’entraîneur à les seller ». Entre temps, Rémi va devoir vadrouiller devant les boxes, afin de s’assurer que personne ne cherche à nuire aux athlètes.

 Un métier ingrat ?

Demeurer dans l’ombre, ne jamais entendre les félicitations du public. Le métier d’assistant-entraîneur peut paraître frustrant. Pour l’ancien gentleman-rider, il n’en est rien. « Ce rôle est agréable car on participe à la préparation des chevaux. Alors oui, je travaille dans l’ombre, mais lorsqu’un cheval s’impose mon travail est récompensé. Cela me procure la satisfaction d’un travail bien fait ». Aider à la préparation des chevaux n’est pas la seule fonction de l’assistant. Il doit aussi gérer le personnel, les propriétaires et toute la logistique de l’écurie. « Je suis un tampon entre l’entraîneur et le personnel », résume-t-il. La différence entre un bon assistant entraîneur, et un médiocre, réside dans sa capacité à anticiper les requêtes de son patron. « Il faut penser avant lui, tout en essayant de voir les même choses que lui. Avec l’expérience, c’est plus facile », confie Rémi.

A moins d’une semaine du Jour J, il est primordial d’être en accord avec l’entraîneur. « L’émulation au sein de l’écurie se fait ressentir, il faut gérer le stress des uns, veiller sur les chevaux des autres… », énumère-t-il. Quand Rémi Passelande se lève chaque matin, il ne pense qu’à une chose : éviter le moindre pépin. La vigilance est plus accrue pour les cinq chevaux engagés dans le Grand Steeple. Ils ont droit à plus de paille, plus de protection, et plus d’attention. Car en cas de défaillance, le responsable sera forcément lui. « C’est le propre du travail de l’assistant. S’il y a un souci, c’est vers moi que l’on se tournera. Ce métier est une vraie école d’humilité… ». Originaire de Laigné, en Mayenne, ce fils d’agriculteurs a découvert les courses avec le mythique hippodrome de Craon. Puis, il fait ses premiers pas dans les courses chez Henri Julliot, avant d’entrer au service de Guillaume Macaire où « j’ai tout fait, de la cuisine, au secrétariat en passant par l’entraînement ». En 1998, il décide de s’installer en tant que pré-entraîneur, puis entraîneur près de Chemillé (49). Il connaît des joies mais aussi des déceptions. Il arrête tout, et part en Irlande où Jean-Paul Gallorini viendra le chercher en 2007 afin de devenir son bras droit.

 Des bons et des mauvais souvenirs

Afin d’aborder les 5800 mètres du Grand Steeple, Rémi Passelande est paré à toutes les situations. Il a vécu les joies du succès avec Remember Rose, lors de son succès en 2009, « c’est un souvenir extraordinaire car cette victoire est le Graal suprême pour chaque écurie de course ». Mais aussi la douche froide. « Toujours avec Remember Rose, lorsque Christophe Pieux est tombé au départ. Le cheval était au top de sa forme, tout était prêt pour qu’il nous procure encore de grandes joies. On ne peut pas pas gérer ces événements.On a beau tout faire pour amener les chevaux au mieux, la chance fait le reste ». Cette année, l’écurie fonde ses espoirs sur Shannon Rock « qui est à 150 % de ses moyens » et Quarouso « qui n’a jamais été aussi bien », confie Rémi.

Jean-Paul Gallorini, surnommé le maître-entraîneur a la particularité d’amener ses chevaux à l’apogée de leur forme pour la course visée. C’est ce qui impressionne son assistant. Au bout de six ans de collaboration, il reste subjugué par la capacité de l’entraîneur à cerner les chevaux. « Dès que Shannon Rock, Kotkieglote ou Quarouso sont arrivés à l’écurie, Jean-Paul a dit « ce sont des chevaux de Grand-Steeple » ». Avoir cette prémonition à quelques années de l’échéance peut paraître stupéfiant. Son assistant l’explique : « grâce à une routine de travail hebdomadaire, les chevaux développent des automatismes et montent en progression. Les chevaux de plat et d’obstacle travaillent de la même manière ». C’est ainsi que des chevaux aux origines ordinaires, deviennent des chevaux extraordinaires.

D’ici là, les cinq athlètes doivent encore peaufiner leur préparation. Être au départ, c’est déjà une victoire mais cela ne suffit pas. « Une partie de mon stress va me quitter quand je vais lâcher les chevaux en piste, car une partie de mon objectif sera atteint. Mais je serai vraiment détendu après la course, encore plus en cas de bons résultats », conclu-t-il.

Marion Dubois

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